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Togo : Mon espérance de vie

Témoignage recueillis et transcris par Ornela Emefa PAKOU, Centre Espérance Loyola, Togo

Je me nomme KIDIBA Ama. Séropositive et divorcée, j’ai 44 ans et je suis chef de famille d’un ménage de trois (03) enfants dont deux filles et un garçon.

2004-2006, les deux premières années de la découverte de mon statut sérologique positif ont été tumultueuses. Le choc,  l’abandon de mon mari, les insultes et le rejet  total de ma famille, plus précisément de ma mère et mes sœurs et enfin mon  isolement.                                       

  J’étais revendeuse de céréales et vivait en couple avec mon mari. On n’avait pas d’enfants. C’est alors que celui –ci me demanda d’aller me faire enceinter par un autre homme. Ainsi, il aura à garder son honneur et sa fierté familial auprès des siens. Malgré mes réticences, j’étais contrainte à le faire. De cette union hors mariage est né mes deux premiers enfants. Le paradoxe,  c’est que mon mari avait pris soin de déclarer ces enfants à l’état civil et ils portent son nom. Il a demandé que je coupe tout lien avec le géniteur des enfants, ce qui fut fait.

Trois ans plus tard, un miracle se produisit. Je portais une troisième grossesse et cette fois de mon mari. Nous étions heureux. Et comme à l’accoutumé j’avais subi les examens cliniques, le test du VIH/sida inclus. Au moment de récupérer les résultats, la sage-femme me demanda de revenir avec mon mari. Mon mari opposant un non catégorique à cette invitation voulut savoir pourquoi lors de la remise des résultats précédents il n’était pas convié. Le lendemain j’étais retournée auprès de la sage-femme qui prononça la sentence que je n’oublierai jamais : « Madame, vous êtes séropositive, ce qui signifie que vous avez le virus du sida ».  C’était en 2004. « J’ai la maladie du siècle, la maladie de la honte et de la mort ». Sur le chemin du retour à la maison, j’étais hantée par les paroles de la sage femme et beaucoup de questionnements sans réponses.

Au foyer, la nouvelle fut mal accueillie par mon mari. Il fit venir ma mère du village (450 km). Ces derniers me traitèrent de prostituée et de sorcière. Mon mari me répudia alors avec les deux premiers enfants. Quand il était saoul, mon mari causait des scandales dans le quartier en me faisant subir des traitements humiliants et dégradants en public. Ma mère et mes sœurs me rejetèrent. Ce furent des moments d’agonie. Je n’étais qu’au premier trimestre de ma grossesse. Mon mari refusa de se faire dépister et prit une nouvelle femme.

Après la naissance de notre fille, je repris difficilement le commerce. J’étais seule et abandonnée. L’éducation et la charge des enfants pesaient sur moi seule. J’avais perdu de vue le géniteur de mes premiers enfants. Ma santé devenue fragile et mon taux CD4 très bas, j’avais été mise sous Antirétroviraux. Psychologiquement, j’étais abattue. Je n’avais plus d’espoir. Je ne savais ni où aller et ni à qui me fier. J’étais sujet de commérage et de rejet de tout le monde y compris ma famille. Le désir de me suicider me hantait.

J’en étais là quand vers la fin d’année 2009, une amie avec qui je prenais les ARV me parla du  centre des Pères Jésuites où ils faisaient des rencontres mensuelles. C’est ainsi que je découvris le Centre Espérance Loyola (CEL). Grâce à l’accueil chaleureux et l’empathie d’écoute des premiers jours, j’avais eu une lueur d’espoir. Je participais assidûment aux séances d’accompagnements psychosociaux.

Dès 2010, « je retrouvai une nouvelle famille, un lieu de paix et d’épanouissement avec de nouveaux défis. Bref, c’est ma nouvelle maison d’espérance de vie ».  Tous mes problèmes furent pris à cœur jusqu’à ce jour. A chaque rentrée scolaire, mes trois enfants recevaient les divers appuis : scolaires (kits scolaires, frais d’écolage), alimentaires et ils participaient au groupe de soutien des Orphelins et Enfants rendus Vulnérables tout au long de l’année.  Un suivi tant sur le plan scolaire que psychosocial leur était offert gratuitement avec des séances d’écoute et conseils pour l’adoption des comportements responsables. Moi-même ma santé s’était stabilisée et je commençais à vivre positivement avec le VIH. Récemment, pour contribuer à mon autonomisation, le CEL m’a octroyé des crédits pour mes Activités Génératrices de Revenus (commerce de légumes). J’espère toujours obtenir d’autres crédits et appuis du CEL pour étendre mes activités et ainsi mieux assurer l’éducation et l’avenir de mes enfants. Grâce aux apports du CEL, j’ai pris ma vie en main et je m’épanouie.